Langues Kanak

La langue est un élément majeur de la culture. La province Nord est riche de 17 langues kanak et de 6 dialectes.

La promotion et la valorisation des langues kanak parlées dans le Nord est réalisée de différentes manières dont leur transcription écrite. Ce travail de sauvegarde des langues kanak consiste à éditer, pour chacune d’elle, une documentation constituée d’un dictionnaire thématique et alphabétique, d’un lexique français–langue vernaculaire et d’une présentation grammaticale. Il bénéficie du soutien de la collectivité.

Le déploiement de l’enseignement des LCK dans les écoles primaires publiques et privées est une priorité provinciale. Des moyens nouveaux et importants sont mis en place depuis 2012 pour la structuration et la professionnalisation du dispositif.

Langues kanak

Préambule de l’accord de Nouméa (1998)

L’identité kanak à travers les langues

« Les langues kanak sont, avec le français, des langues d’enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie. Leur place dans l’enseignement et les médias doit donc être accrue et faire l’objet d’une réflexion approfondie. Une recherche scientifique et un enseignement universitaire doivent être organisés en Nouvelle-Calédonie. L’institut national des langues et civilisations orientales y jouera un rôle essentiel. Pour que ces langues trouvent la place qui leur revient dans l’enseignement primaire et secondaire, un effort important sera fait sur la formation des formateurs. »

Cadre réglementaire en province Nord

La délibération 2009-71/APN du 13 mars 2009 portant organisation de la Direction de l’Enseignement, de la Formation, de l’Insertion et de la Jeunesse (DEFIJ) stipule que le département enseignement dispose d’un service des actions éducatives en charge de la conception et la mise en œuvre des actions conduites dans le domaine de l’adaptation de programmes aux réalités culturelles et linguistiques.

Les langues en province Nord

Les langues en province Nord
(source : ALK, 2016)

L’organisation de l’enseignement des Langues et Culture Kanak (LCK)

Les équipes pédagogiques sont composées de 4 coordinateurs ayant chacun la responsabilité d’une aire linguistique et de 22 enseignants répartis dans les écoles de la province Nord (soit 18 équivalents temps plein) :

  • dans 7 écoles de l’aire Hoot ma whaap ;
  • dans 6 écoles de l’aire Paicï cèmuhi ;
  • dans 4 écoles de l’aire Ajië arhö
  • dans 2 écoles de l’aire Xârâcuu.

L’école de Kuru raa (Coula) est une école bilingue français et ajië.

L’école de Kuru raa (Coula)

Actions pour illustrer et exemples de productions

Interview de Johanès Gowe, intervenant en A’jië, coordonateur LCK

« Ce qui me touche c’est l’envie des enfants, leur envie de parler en langue. Ils viennent avec plaisir dans ma classe. Et même si leur langue n’est pas bien structurée, ils osent s’exprimer et ça me motive. Les retours que j’ai de ce qui se passe en français avec Maitre Christophe sont aussi encourageants car les enfants comparent les apprentissages : « Ah ! Mais chez M. Johanès on a appris comme ça… ». Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas de travail en plus, les enfants de CP apprennent vite la lecture et l’écriture des deux langues. C’est valorisant pour les enfants vis-à-vis de leurs parents qui se plaignent de ne pas savoir lire leur langue.

Lorsque je travaillais à Bourail l’inspectrice était venue dans ma classe, elle était étonnée d’entendre les enfants réciter des comptines, dire les rituels et pourtant les élèves étaient pour majorité des européens qui prononçaient très bien les sons difficiles de l’ajië. Lorsque j’ai annoncé mon départ de Bourail, la maîtresse de CP m’a dit, inquiète, « depuis que tu es là, les élèves n’ont jamais de problèmes en lecture ». Je lui ai répondu : « C’est normal, tous les élèves qui viennent chez moi, ne connaissent pas la langue. Ils développent la discrimination auditive. » Aujourd’hui encore, je prends des nouvelles de ces enfants qui sont en 6ème. Ils n’ont aucun problème. En anglais ils sont bons ! »

Interview de Christophe Euritéin, directeur de l’école de Kur(acc)u raa (Coula)

« C’est une expérience pour moi qui me permet d’aborder le programme différemment, à partir de ce que vivent les enfants chez eux, en fonction de la langue, de leur compréhension, du niveau de leur oralité, ce qui nous aide pour étudier les concepts. On les met dans une situation idéale, on les rassure. On réfléchit autrement. On doit s’entendre pour s’adapter aux élèves.

On a commencé en 2006 à Kuru raa (Coula) et grâce à la politique provinciale on a pu mettre en place des choses. Pour l’enseignement bilingue, il faut remonter en 2010 lorsqu’il y a eu le festival avec des intervenants culturels pour relancer les danses au niveau de la commune. Plusieurs ateliers étaient proposés : tressages pour les costumes, danses avec 2 maîtres danseurs, confection des instruments de musique ; contes et légendes traditionnels. Depuis, ces activités se sont poursuivies. En 2013 on a commencé les activités en langue avec de la co-intervention avec Lizka et Johanès.

On a suivi les conseils de l’inspection.

Par exemple à partir de la natte, on étudie des notions comme les axes de symétrie, le quadrillage.

On apporte le vocabulaire en langue, on étudie les expressions : comment se présenter, qu’est-ce qu’un discours... Par exemple, nous avons travaillé sur l’appareil digestif au C3. Le schéma était au centre. Je donnais le vocabulaire en français d’un côté et de l’autre, l’intervenant apportait ses traductions en ajië. On prépare le travail ensemble.

On réfléchit, on réajuste et au fur et à mesure on avance et les enfants s’améliorent. L’avantage c’est que je parle l’ajië donc je peux aussi intervenir lorsque l’enfant ne comprend pas. J’apprends aussi ma langue. J’apprends à la maîtriser. Johanès et moi sommes encouragés par nos vieux qui ont écrit la langue. L’école est le lieu idéal pour étudier la langue mais il faut aussi la ramener en tribu. Et on est bien placé pour le faire. Les parents sont plus impliqués. Ils viennent, ils sont intervenants.»

Fiche recette et réalisation du bougna

Fiche tressage